« Je suis mutilée dans l'âme aussi ». Agée d'à peine 10 ans, Nicole Guiraud a eu un bras sectionné dans l'attentat du 30 septembre 1956 contre le Milk Bar à
Alger. « A côté de moi, il y avait une petite fille qui n'avait plus de jambes ». C'est l'un des nombreux témoignages poignants qui émaillent le film « La valise
ou le cercueil » de Charly Cassan qui sera projeté demain à 9 h 30 salle Ferrière à Saint-Laurent-du-Var à la demande de l'Amicale Laurentine des Français d'Afrique du
Nord. Un film sorti en février dernier.
« Les testicules dans la bouche, les femmes et les fillettes violées et mutilées, les yeux crevés, les cadavres dépecés comme de la viande de boucherie. C'est
indescriptible. Le FLN ne respectait rien. A 7 ans, j'ai vu des femmes enceintes éventrées vivantes ! », témoigne Kader Hocine, fils de harki. L'armée française a
torturé à l'électricité des Algériens soupçonnés de terrorisme, mais « nos adversaires menaient la guerre d'une manière abominable. Ce n'était pas le même combat
», dit Jean-François Colin, président de l'ADIMAD (1).
La guerre d'Algérie telle que l'ont vécue les pieds-noirs
« J'ai interrogé une centaine de témoins. Le film ne montre qu'1 % de tout ce que j'avais recueilli », explique Charly Cassan, le réalisateur de ce documentaire
de deux heures qui commence par relater l'histoire de l'Algérie depuis sa colonisation par la France, avant de détailler la guerre d'Algérie telle que l'ont vécue les
pieds-noirs et des officiers de l'armée française.
Parmi les témoins, plusieurs Azuréens : le colonel Moinet de Mandelieu, Michel Ximenez, ex-conseiller municipal (FN) de Cagnes, le lieutenant-colonel cannois Benesis de
Rotro, le docteur Jean-Calude Perez, adhérent du Cercle algérianiste de Nice et des Alpes-Maritimes.
Au sujet des émeutes de Sétif en mai 1945, deux témoins affirment que « les autorités étaient parfaitement informées de l'imminence d'une insurrection à l'appel des
Frères musulmans, des oulémas et des marabouts ». Le film explique que les manifestants musulmans qui réclamaient la libération de Messali Hadj (2) avaient arboré le
drapeau algérien interdit. Le commissaire de police, menacé de mort par des manifestants, aurait tiré en l'air, et des manifestants auraient répondu par d'autres tirs
avant que la manifestation dégénère en chasse meurtrière aux Européens, puis que l'armée ramène le calme « sans tirer un seul coup de feu ». L'insurrection se
serait alors propagée dans tout le Constantinois, causant le massacre de 800 musulmans pro-français. La répression française aurait ensuite fait plus de 1 500 morts chez
les musulmans. « Mais pas 4 500. Qu'on nous montre les charniers ! », s'indigne un témoin.
Le film égrène ensuite les émeutes du Constantinois en août 1955, les attentats du FLN à Alger, dont celui, meurtrier du Milk Bar (3)...
La visite de De Gaulle à Alger le 4 juin 1958 et son fameux « Je vous ai compris » soulèvent des espoirs fous : « Tout le monde a dit : ''C'est enfin la paix' »,
raconte un témoin. Mais De Gaulle propose l'autodétermination, la paix des braves que lui proposent des chefs rebelles FLN capote, le putsch des généraux contre lui
échoue. Les témoins racontent l'escalade incontrôlée : création de l'OAS, surenchère aux attentats par « des gens qui n'appartiennent pas à l'OAS », attentat
manqué contre De Gaulle, barbouzes gouvernementaux qui pratiquent enlèvements, torture et assassinats sur tous ceux qui sont soupçonnés d'appartenir à l'OAS, siège
meurtrier des Européens de Bab-El-Oued par l'armée française, qui massacre 80 manifestants européens lors de la fusillade de la rue d'Isly à Alger le 26 mars 1962...
L'indépendance n'apporte pas davantage la paix : près de 50 ans après, le lieutenant-colonel Benesis de Rotrou et Jean-Louis Reinle pleurent encore en évoquant les 100 000
à 150 000 harkis abandonnés par la France et assassinés par le FLN lorsque l'armée française a quitté l'Algérie. Le 5 juillet 1962, les Européens sont pourchassés dans
toute la ville d'Oran. « On voyait des cervelles par terre », se souvient Hélène Mirguet. C'est la valise ou le cercueil. « On a attendu des jours et des
jours devant les bateaux pour payer pour quitter l'Algérie », témoigne une rapatriée. « Ne pouvaient partir que ceux qui avaient les moyens ».
« A l'arrivée à Marseille, on a été accueillis par des pancartes nous invitant à ''rentrer chez nous''. Des dockers ont jeté nos conteneurs dans le port », se souvient une
femme en pleurant. « Ma mère s'est laissée mourir à 51 ans. Elle a arrêté de s'alimenter », se désole André Mayet.
Certains rapatriés, comme l'actrice Marthe Villalonga, ne veulent plus retourner là-bas. Y revenir est souvent un crève-coeur. Le film montre des familles en larmes devant
leurs cimetières vandalisés. « J'ai perdu mon pays, mon mari et ma mère », résume enfin une rapatriée.
lquilici.nm@gmail.com
1- ADIMAD : association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l'Algérie française, dont le siège social de l'ADIMAD est à Hyères dans le
Var.
2- Fondateur du Mouvement national algérien
3- En quatorze mois, 751 attentats ont été perpétrés dans Alger et sa banlieue faisant 314 morts et plus de 900 blessés.